Médecine : 5 vérités peu connues des patients
La santé occupe une place centrale dans le débat public et dans la vie des Français. Pourtant, la réalité quotidienne des professionnels de santé reste souvent floue pour les patients. On imagine fréquemment les médecins comme des professionnels privilégiés, autonomes et portés par leur vocation. Mais le métier se révèle bien plus complexe et repose sur des contraintes professionnelles, humaines et organisationnelles peu visibles.
DOCNDOC met en lumière 5 vérités peu connues des patients, afin de mieux comprendre les réalités vécues par les médecins.
1. Le burn-out des médecins n’est pas un mythe
En 2021, une enquête nationale auprès d’environ 2 000 praticiens libéraux révélée que 44,8 % des médecins généralistes présentaient des signes de burn-out, et 4,8 % étaient en burn-out sévère. (indicateur standard Maslach Burnout Inventory)
Une charge de travail qui épuise les praticiens
Les praticiens reçoivent plus de 28 patients par jour, travaillent souvent plus de 50 heures par semaine et accumulent une charge administrative lourde de plus de 10h supplémentaires par semaine . Le burn-out résulte d’un stress professionnel chronique non absorbé, qui se traduit par un épuisement émotionnel, une dépersonnalisation et un sentiment d’inefficacité.
Plusieurs facteurs accentuent cette souffrance : productivité élevée, isolement en zones sous-dotées, consultations courtes, surcharge administrative, manque d’effectif et tensions interprofessionnelles. Ces contraintes exercent une pression psychologique constante, bien au-delà d’un simple « coup de fatigue ».
Le burn-out impacte directement la qualité des soins
L’épuisement professionnel affecte directement la qualité des soins. Elle diminue la vigilance clinique, fragilise la relation médecin-patient et augmente le risque d’erreurs. Aujourd’hui, la santé mentale et physique des praticiens est un enjeu majeur pour le système de santé.
19 % des médecins généralistes sont touchés par le burn-out, contre 9 % en médecine d’urgence et 8 % en psychiatrie.
Trouver un remplaçant, une source de stress pour les libéraux
Congés, formations, maternité, maladie… pour un professionnel de santé, s’absenter n’est jamais neutre. Pour beaucoup de soignants, partir signifie trouver un remplaçant, prévenir les patients, assurer la continuité des soins… et parfois perdre des revenus. Alors même qu’ils prêchent la prévention, certains renoncent à se reposer pour tenir leurs responsabilités.
>>> Lire l’article : Burn-out des médecins dans les déserts médicaux
2. La féminisation de la médecine transforme la profession
Selon une étude de la DREES, au 1er janvier 2025, la France compte 237 214 médecins, dont 118 957 praticiennes, soit 50,1 % du corps médical. Cette progression s’inscrit dans une tendance durable. Dès 2017, près de 59 % des nouveaux inscrits au Conseil national de l’Ordre des médecins étaient des femmes, traduisant une féminisation pérenne de la profession.
Des spécialités inégalement féminisées
Chez les médecins généralistes, la proportion de femmes est passée de 41 % en 2012 à 52 % en 2025, tandis que dans certaines spécialités comme la gynécologie médicale ou les sages-femmes, la féminisation atteint des niveaux très élevés (jusqu’à 97 %). Les spécialités médicales dans leur ensemble connaissent également une féminisation croissante, avec une hausse plus rapide parmi les spécialistes (+2,1 % sur un an) que chez les généralistes (+1 %).
Une évolution qui transforme les modes d’exercice
La féminisation massive du corps médical a des conséquences importantes pour le système de santé. Elle influence l’organisation du travail, la répartition des tâches et la demande en services adaptés aux contraintes de vie familiale et personnelle. La jeune génération, plus féminisée et souvent plus soucieuse de l’équilibre vie professionnelle-vie privée, contribuent à transformer les modes d’exercice, favorisant par exemple le travail en groupe à temps partiel et en salariat.
Les jeunes praticiens hommes suivent la même direction et aspirent eux aussi à un équilibre vie personnelle et vie professionnelle.
La féminisation de la profession a permis une tendance à l’homogénéisation des pratiques et des modes d’exercice et un accès plus égalitaires aux choix des praticiens.
3. Médecin libéral : soigner … et gérer une entreprise sans formation préalable
Être médecin, c’est maîtriser la clinique, poser les diagnostics et prescrire les traitements. En revanche, l’apprentissage de la gestion d’un cabinet comme une entreprise est absent de la formation des internes, tout au long du parcours, y compris durant l’année supplémentaire de la réforme des internes de médecine générale de 2025-2026 !
Pourtant, pour de nombreux généralistes en libéral, 20 % à 25 % du temps de travail hebdomadaire est aujourd’hui consacré à des tâches administratives non cliniques. Selon différentes enquêtes professionnelles et baromètres de praticiens, cela représente 12 à 15 heures par semaine hors soins directs.
Ce chiffre monte à 300–350 heures par an quand on rassemble toutes les tâches de gestion. Près de 76 % des généralistes libéraux estiment que la part de tâches non médicales a augmenté significativement au cours des dernières années.
Dans ce contexte, beaucoup apprennent « sur le tas » des compétences aussi variées que la comptabilité, la gestion du personnel, la facturation, le respect des obligations légales et la communication avec les patients et les institutions. Plusieurs praticiens assurent eux‑mêmes ces tâches : aujourd’hui, près de la moitié des médecins généralistes exercent sans secrétariat.
Le salariat, une alternative pour échapper aux contraintes entrepreneuriales
Travailler comme médecin salarié dans un centre de santé, une clinique ou un hôpital libère des responsabilités entrepreneuriales tout en conservant la pratique médicale. Le salariat offre souvent une stabilité de revenu, des congés structurés, une protection sociale plus complète et moins de charges administratives directes, en échange toutefois d’une moindre autonomie dans l’organisation de l’activité.
Le libéral en espace de coworking, un mode d’exercice en pleine expansion
L’exercice de la médecine libérale en espace de coworking constitue aujourd’hui un mode d’installation en pleine expansion, porté par les solutions de mutualisation et de prise en charge des charges administratives.
Il propose une alternative plus souple : plusieurs professionnels de santé (médecins généralistes, spécialistes, paramédicaux, psychologues, etc.) partagent un même espace de travail, tout en conservant leur indépendance juridique et financière. Chacun reste responsable de sa patientèle, de sa facturation et de son organisation, mais mutualise les locaux, le matériel et certains services (accueil, secrétariat, outils numériques, personnel administratif).
Il favorise les échanges informels, les avis croisés, et parfois des parcours de soins plus coordonnés, sans constituer nécessairement une structure de type maison de santé, et il encourage une dynamique collaborative. Cette modularité répond aux nouvelles aspirations générationnelles : équilibre vie professionnelle–vie personnelle, mobilité, diversification des pratiques.
4. De nombreux médecins continuent à exercer après la retraite
De nombreux praticiens continuent à exercer après la retraite, ce qui a des répercussions concrètes sur l’accès aux soins, la démographie médicale et les modèles de vie professionnelle.
Au 1er janvier 2024, 13 513 médecins libéraux, généralistes et spécialistes confondus, étaient en cumul emploi-retraite, soit 10,9 % de l’ensemble des médecins cotisants. Ce chiffre augmente chaque année de +7 % depuis 2009. L’âge moyen de ces praticiens est d’environ 72,4 ans.
Les médecins généralistes sont les plus nombreux. Depuis 2010, l’effectif des médecins exerçant en cumul emploi-retraite a été multiplié par 3,6, passant de 5 612 à plus de 20 000 retraités actifs. La pratique médicale ne se termine plus automatiquement à la retraite, mais devient souvent une transition graduelle, entre activité professionnelle et cessation complète.
Des motivations souvent non financières
Dans bien des cas, la décision de poursuivre son activité n’est pas motivé uniquement par l’aspect financier. Les praticiens perçoivent la nécessité d’assurer la continuité des soins. Les médecins en cumul emploi-retraite sont alors une précieuse ressource pour lutter contre les déserts médicaux.
La retraite des médecins libéraux reste modeste malgré des années d’exercice. En 2023, la pension moyenne tournait autour de 33 900 € par an, avec seulement 7,8 % des praticiens retraités encore en exercice percevant moins de 20 000 €. La retraite mensuelle moyenne pour un praticien ayant cotisé 40 ans est estimée à environ 2 930 € brut par mois, correspondant à une perte significative du revenu mensuel avant retraite.
5. Pénurie de médecins : un problème d’organisation
Le problème tient autant à la répartition des médecins qu’à l’organisation de l’exercice. En France, près de 87 % des territoires métropolitains sont considérés comme sous‑dotés en médecins généralistes. Selon certaines analyses, environ 6,7 millions de Français n’ont pas de médecin traitant, soit environ 11 % de la population, un indicateur fort du déséquilibre de l’offre de soins sur le territoire.
Cependant, ce déséquilibre n’est pas uniforme. Certaines zones urbaines présentent encore une densité médicale plus élevée, tandis que des départements comme la Seine-Saint-Denis n’affichent que 59 généralistes pour 100 000 habitants, bien en‑deçà des moyennes nationales.
Mobilité des médecins et manque de remplaçants : un équilibre fragile
La situation s’explique aussi par des élans migratoires internes. Les jeunes médecins et les praticiens expérimentés préfèrent souvent s’installer dans des secteurs plus attractifs, mieux structurés et moins isolés, laissant les zones rurales et périurbaines dépourvues. À cela s’ajoute un manque chronique de remplaçants. Si l’on compte aujourd’hui environ 13 000 médecins remplaçants en France, ces derniers suffisent à peine à assurer la continuité des soins lors des congés ou arrêts maladie, et la majorité (62 %) de ces remplaçants sont des généralistes, ce qui souligne combien ce rôle est essentiel mais fragile pour maintenir l’accès aux soins.
>>> Lire l’article : Bilan 2025 des déserts médicaux
Ces 5 vérités rappellent que la médecine ne se résume pas à la consultation visible par les patients. Derrière chaque acte médical, les médecins composent avec des contraintes humaines, organisationnelles et administratives fortes, qui pèsent sur leur quotidien et sur l’accès aux soins.
En mettant en lumière ces réalités, DOCNDOC s’engage à mieux accompagner les professionnels de santé, à faciliter leur organisation et à contribuer à un exercice médical plus durable, pour leur confort et celui de leurs patients.