Septembre Violet : libérer du temps médical pour mieux soigner
Dans de nombreux territoires, obtenir un rendez-vous chez un médecin généraliste est difficile. Pourtant, des créneaux restent mobilisés par des démarches qui ne nécessitent pas toujours une évaluation médicale : justificatif d’absence scolaire, certificat sportif demandé par automatisme, document destiné à une assurance…
Lancée en 2024 par le Collège de la médecine générale (CMG), l’opération Septembre Violet sensibilise les patients, les établissements scolaires, les clubs sportifs, les employeurs, les assureurs et les pouvoirs publics aux certificats médicaux injustifiés.
La campagne ne vise pas à supprimer les certificats utiles ou obligatoires. Elle invite chaque organisme à vérifier qu’un document repose sur une obligation réglementaire ou sur un véritable besoin médical avant de demander au patient de consulter.
Pourquoi l’opération Septembre Violet existe-t-elle ?
La rentrée de septembre concentre les inscriptions scolaires, sportives et périscolaires. Ces démarches entraînent une augmentation des demandes de certificats, parfois formulées par habitude alors qu’aucun texte ne les impose.
Même si certains documents restent indispensables pour protéger la santé, d’autres transforment le médecin en simple validateur d’une démarche administrative qui ne relève pas de son expertise.
Le Collège de la médecine générale présente ainsi Septembre Violet comme un moyen de réduire les demandes sans justification médicale ou réglementaire et de redonner du temps aux soins.
Quel est le poids des certificats médicaux ?
D’après les données présentées dans le cadre de Septembre Violet, un médecin généraliste consacrerait entre 1h30 et 2h par semaine aux certificats médicaux, soit l’équivalent de 6 à 8 consultations.
Les organisateurs estiment que la suppression d’un seul rendez-vous inutile par jour et par médecin généraliste pourrait libérer environ 50 000 créneaux quotidiens. Cette estimation permet de mesurer l’effet collectif de demandes qui paraissent anodines à l’échelle individuelle.
Selon une études de la DREES, en 2025, les médecins généralistes libéraux déclaraient travailler en moyenne 46h par semaine, dont 36h30 en consultation, téléconsultation ou visite à domicile. Ils consacraient également 6h à la gestion du cabinet et à la coordination avec les autres professionnels.
C’est ainsi que les certificats s’ajoutent aux dossiers, courriers, formulaires et échanges nécessaires au suivi des patients. Lorsqu’une consultation sert uniquement à obtenir un document sans justification médicale, le médecin dispose de moins de temps pour soigner.
Comment reconnaître un certificat médical injustifié ?
Une demande peut être considérée comme injustifiée lorsque :
- Aucun texte n’impose le document ;
- Une attestation ou un autre justificatif suffit ;
- La situation ne nécessite pas l’expertise d’un médecin ;
- Le médecin ne peut pas constater les faits demandés ;
- Un organisme réclame systématiquement le certificat sans vérifier la réglementation.
Il faut distinguer une demande sans fondement d’un certificat imposé par la loi.
Quand un certificat médical est-il nécessaire ?
| Situation | Un certificat est-il nécessaire ? |
| Absence scolaire pour une maladie ordinaire | Non, sauf dans certains cas prévus par la réglementation, notamment pour certaines maladies contagieuses. |
| Participation aux cours obligatoires d’EPS | Non. Aucun certificat d’aptitude n’est nécessaire. |
| Inaptitude totale ou partielle en EPS | Oui, lorsqu’un problème de santé nécessite une adaptation de l’activité. |
| Pratique sportive d’un mineur | Un questionnaire de santé suffit généralement. Un certificat peut être exigé selon les réponses ou la discipline. |
| Pratique sportive d’un adulte | Cela dépend de la discipline, de la fédération et du règlement de la structure. |
| Questionnaire de santé demandé par une assurance | L’assuré le remplit lui-même. Le médecin traitant n’a pas à le remplir ou à le contresigner. |
| Congé pour enfant malade dans le secteur privé | Oui. La maladie ou l’accident de l’enfant doit actuellement être constaté par un certificat médical. |
Ces règles générales comportent des exceptions selon l’âge de la personne, la discipline pratiquée ou sa situation médicale.
Le site ameli.fr propose un tour d’horizon des cas dans lesquels le certificat médical est obligatoire.
Bon à savoir
Un médecin peut délivrer certains certificats en téléconsultation s’il dispose des informations nécessaires. Il peut aussi demander un examen en présentiel. La limite de trois jours concerne uniquement les arrêts de travail prescrits ou renouvelés en téléconsultation, et non tous les certificats médicaux.
Les assurances à l’origine de nombreuses demandes
Entre 2023 et 2025, un dispositif déployé avec 11 conseils départementaux de l’Ordre des médecins a recueilli 423 signalements. Selon les résultats présentés par les organisateurs, 78 % des demandes signalées auraient été dépourvues de fondement légal ou auraient présenté un caractère illégal. Les assurances représentaient 43 % des signalements.
Ces résultats ne constituent pas une enquête nationale représentative mais illustrent les difficultés rencontrées par les médecins participants.
Lorsqu’un questionnaire de santé est autorisé, l’assuré doit le remplir lui-même et sous sa responsabilité. Le médecin traitant n’a pas à le compléter.
Certains certificats obligatoires font aussi débat
Tous les certificats critiqués par les médecins présente un fondement légal. Dans le secteur privé, par exemple, l’article L. 1225-61 du Code du travail prévoit que la maladie ou l’accident d’un enfant de moins de 16 ans soit constaté par un certificat médical pour bénéficier d’un congé pour enfant malade.
Le Collège de médecine générale propose de remplacer ce document par une déclaration parentale pour les absences courtes. Cette proposition ne correspond pas à la règle en vigueur.
Il convient donc de distinguer les certificats justifiés, ceux qui restent imposés par la réglementation et les demandes qui ne reposent sur aucune obligation.
Vérifier avant de demander un certificat
Les certificats injustifiés ne sont pas responsables, à eux seuls, des difficultés d’accès aux soins. Cependant, la multiplication des démarches administratives accentue la saturation des cabinets.
Avant de demander un certificat, chaque organisme devrait vérifier sa nécessité. Limiter les demandes injustifiées contribue à préserver du temps médical pour les patients qui ont de soins.
Pour en savoir plus sur le sujet, n’hésitez pas à consulter certificats-absurdes.fr !