Rentrée 2026 des internes : cap sur les territoires
10 260 postes d’internes en médecine sont ouverts pour la rentrée 2026, soit 15 % de plus qu’en 2025. Derrière cette hausse historique se dessine un autre enjeu : mieux former les futurs médecins tout en leur faisant découvrir la diversité des territoires et des modes d’exercice. Cette rentrée marque aussi un tournant pour la médecine générale avec l’arrivée, en novembre 2026, des premiers docteurs juniors en quatrième année d’internat.
La rentrée 2026 s’annonce particulière pour les futurs internes en médecine. 10 260 postes sont ouverts pour l’année universitaire 2026-2027, contre 8 919 en 2025-2026, soit 1 341 postes supplémentaires en un an et une progression de 15 %.
Le ministère de la Santé présente cette hausse comme l’un des premiers effets concrets de la suppression du numerus clausus, décidée en 2019, et de la réforme de l’accès aux études de santé entrée en vigueur à la rentrée 2020.
L’objectif est de former davantage de médecins pour préparer le renouvellement des générations et répondre progressivement aux besoins de santé de la population.
De la réforme de 2020 à la promotion de 2026
Pour mesurer l’évolution, il faut toutefois prendre un peu de recul.
En 2019, les pouvoirs publics avaient établi des projections du nombre d’internes à former pour les années suivantes : 8 522 en 2020, 8 641 en 2021, 9 114 en 2022 et 9 225 en 2023. Ces données avaient vocation à être actualisées chaque année en fonction de la démographie médicale et du nombre d’étudiants accédant au troisième cycle.
La trajectoire n’a ensuite pas été linéaire.
En 2024, seulement 7 974 postes ont été ouverts aux étudiants issus de la nouvelle procédure d’accès au troisième cycle. Cette baisse exceptionnelle s’expliquait par la transition vers la réforme du deuxième cycle : de nombreux étudiants avaient choisi de redoubler afin d’éviter d’être parmi les premiers concernés par les nouvelles épreuves.
Le nombre de postes est remonté à 8 919 en 2025, CESP compris, avant d’atteindre 10 260 en 2026.
Il serait donc trompeur de lire la hausse de 2026 comme une progression régulière depuis 2020. Elle intervient après plusieurs années marquées par des variations liées à la démographie des promotions et aux réformes successives des études médicales.
La comparaison entre 2025 et 2026 reste néanmoins importante: +15 % en une seule rentrée.
Et le calendrier est symbolique. Les étudiants entrés dans les études de santé à partir de la réforme de 2020 commencent désormais à atteindre le troisième cycle.
Former un médecin prend cependant de nombreuses années. Ces nouveaux postes ne résoudront pas immédiatement les difficultés d’accès aux soins. Ils préparent plutôt l’évolution de la démographie médicale des prochaines années.
Médecine générale : 4 070 postes ouverts en 2026
La médecine générale occupe une place centrale dans cette nouvelle répartition.
4 070 postes sont ouverts en 2026, contre 3 593 en 2025, soit 477 postes supplémentaires en un an. La spécialité représente ainsi près de 40 % de l’ensemble des postes proposés.
Depuis la réforme de la formation médicale, le nombre de postes proposés en médecine générale a progressé, mais beaucoup moins fortement que ne pourrait le laisser penser la suppression du numerus clausus. La projection de référence retenait 3 403 postes en 2020, contre 3 688 en 2023, soit une hausse de 285 postes (+8,4 %).
La véritable évolution intervient désormais avec la réforme de la 4ᵉ année du DES de médecine générale, qui entre en vigueur à la rentrée 2026. Cette année supplémentaire, réalisée sous le statut de docteur junior, doit notamment renforcer la formation en ambulatoire et favoriser l’installation des futurs généralistes dans les territoires.
Le ministère rattache cette évolution au renforcement de l’offre de soins de premier recours et à la formation de futurs médecins généralistes traitants sur l’ensemble du territoire.
En tant que médecin traitant, il occupe une place centrale dans le suivi des patients, la prévention, l’orientation dans le parcours de soins et la coordination avec les autres professionnels.
Augmenter le nombre de généralistes formés constitue donc l’un des leviers pour améliorer, à terme, l’accès à un médecin traitant.
Mais le nombre de médecins formés ne constitue qu’une partie de l’équation. Reste ensuite à savoir où et dans quelles conditions ces futurs généralistes choisiront d’exercer.
Novembre 2026 : les premiers docteurs juniors en médecine générale arrivent dans les territoires
C’est probablement l’autre changement majeur de cette rentrée.
À partir du 2 novembre 2026, la première promotion concernée par la nouvelle quatrième année du diplôme d’études spécialisées (DES) de médecine générale entrera en phase de consolidation, sous le statut de docteur junior.
Le statut de docteur junior existe déjà pour les autres spécialités comportant une phase de consolidation. La nouveauté réside donc dans son application à la médecine générale à la suite de l’allongement du DES de trois à quatre ans.
Plus de 3 700 futurs médecins généralistes sont attendus dans cette nouvelle phase.
Cette quatrième année ne correspond pas simplement à une année supplémentaire d’études. Elle vise à accompagner la transition entre la formation et l’exercice professionnel autonome.
Le docteur junior exerce en autonomie supervisée, auprès d’un praticien agréé maître de stage des universités.
Les stages se déroulent principalement en ambulatoire :
- dans un cabinet de médecine générale ;
- dans une maison de santé pluriprofessionnelle ;
- dans un centre de santé.
Selon le projet professionnel de l’étudiant et les possibilités locales, l’un des deux semestres peut également être réalisé dans une structure hospitalière validée par la coordination du DES.
Une quatrième année également pensée pour les territoires sous-dotés
Cette réforme comporte une dimension territoriale assumée.
L’instruction interministérielle publiée en mai 2026 fixe parmi ses objectifs l’amélioration de l’attractivité territoriale et de l’accès aux soins, avec des incitations à effectuer cette phase de consolidation en priorité dans les zones sous-denses.
Il ne s’agit pas d’affecter autoritairement l’ensemble des docteurs juniors dans les déserts médicaux. L’organisation repose sur les terrains de stage disponibles dans les subdivisions et sur une procédure d’appariement entre les postes et les internes.
Le dispositif prévoit toutefois une incitation financière spécifique : un docteur junior en médecine générale réalisant son stage ambulatoire dans une zone d’intervention prioritaire (ZIP) bénéficie d’une indemnité forfaitaire de 1 000 euros brut par mois. Cette indemnité n’est pas cumulable avec certaines indemnités de transport et d’hébergement.
Passer plusieurs mois dans un cabinet ou une maison de santé permet aussi de connaître les patients, les professionnels du territoire, l’organisation locale des soins et les conditions concrètes d’exercice.
La quatrième année devient ainsi une forme de sas entre l’internat et l’installation.
Elle crée une occasion nouvelle pour les territoires : celle de faire découvrir leur environnement professionnel à plusieurs milliers de futurs généralistes au moment même où ceux-ci commencent à réfléchir très concrètement à leur exercice après le DES.
Faire du stage une première rencontre avec un territoire
L’internat joue déjà ce rôle tout au long du troisième cycle.
Au fil de leurs stages, les internes découvrent différentes structures et organisations : CHU, centres hospitaliers, cabinets libéraux, centres de santé, maisons de santé ou autres formes d’exercice coordonné.
Chez DOCNDOC, nous considérons cette diversité d’expériences comme un élément important dans la construction du projet professionnel.
Exercice ambulatoire ou hospitalier, travail en équipe, grande agglomération, ville moyenne, territoire rural ou ultramarin : les stages permettent de confronter ses attentes à la réalité de l’exercice.
Un stage ne conduit pas automatiquement à une installation. Mais avant d’envisager de travailler durablement dans un territoire, encore faut-il avoir eu l’occasion de le découvrir.
La quatrième année de médecine générale renforce cette logique en rapprochant la dernière étape de la formation de l’exercice professionnel futur.
Psychiatrie, urgences, pédiatrie : plusieurs spécialités fortement renforcées
La hausse des postes ne concerne pas uniquement la médecine générale.
Plusieurs spécialités confrontées à des tensions démographiques ou à des enjeux importants de santé publique enregistrent également une progression marquée par rapport à 2025 :
- psychiatrie : 665 postes, soit 102 supplémentaires (+18,1 %) ;
- médecine d’urgence : 545 postes, +90 (+19,8 %) ;
- pédiatrie : 468 postes, +79 (+20,3 %) ;
- anesthésie-réanimation : 540 postes, +60 (+12,5 %) ;
- gynécologie-obstétrique : 275 postes, +46 (+20,1 %) ;
- médecine cardiovasculaire : 232 postes, +38 (+19,6 %) ;
- gériatrie : 212 postes, +35 (+19,8 %) ;
- dermatologie : 130 postes, +26 (+25 %).
L’augmentation des capacités de formation cherche ainsi à mieux tenir compte des besoins identifiés dans les différentes spécialités.
Davantage de postes dans les territoires confrontés aux difficultés d’accès aux soins
La répartition géographique évolue elle aussi.
Selon le ministère, toutes les régions bénéficient de la hausse des postes en 2026, avec un effort particulièrement marqué dans certains territoires confrontés aux difficultés d’accès aux soins.
Le Centre-Val de Loire enregistre ainsi une progression de 18 %, devant la Nouvelle-Aquitaine (+15,7 %) et les Hauts-de-France (+14,7 %).
La Corse bénéficie également à partir de cette rentrée d’un contingent dédié, dans le cadre du développement de l’universitarisation du territoire.
Pour déterminer le nombre de postes, les pouvoirs publics prennent en compte plusieurs critères : besoins de santé de la population, démographie médicale, dynamiques territoriales et capacités de formation.
Cette territorialisation n’est pas anodine. Le Sénat rappelle d’ailleurs que le lieu où se déroule l’internat constitue l’un des facteurs susceptibles d’influencer le futur lieu d’exercice du médecin.
>>> Lire l’article : Territoire ruraux, comment les faire découvrir aux internes ?
Accueillir les futurs médecins devient donc un enjeu d’attractivité
Ouvrir des postes constitue une première étape. Encore faut-il ensuite proposer des terrains de stage et donner envie aux étudiants d’y venir.
La réussite de la quatrième année de médecine générale dépendra ainsi fortement du nombre de praticiens agréés maîtres de stage des universités (PAMSU) disponibles pour accueillir et accompagner les docteurs juniors.
Pour les collectivités, les établissements et les structures de soins, l’accueil d’un interne ou d’un docteur junior représente aussi une occasion de présenter un territoire.
Et l’attractivité ne repose pas uniquement sur l’activité médicale proposée.
Qualité de l’accueil, exercice en équipe, organisation du cabinet ou de la structure, logement, transports, services, possibilités professionnelles pour le conjoint, offre culturelle ou encore cadre de vie participent à l’expérience vécue.
L’enjeu consiste donc moins à « convaincre » immédiatement un jeune médecin de s’installer qu’à lui permettre de faire l’expérience du territoire dans de bonnes conditions.
Après les stages, le remplacement pour poursuivre la découverte
Cette mobilité ne s’arrête pas nécessairement avec les stages.
Au cours de leur cursus, les internes qui remplissent les conditions réglementaires peuvent effectuer des remplacements. Après l’internat, certains jeunes médecins choisissent également de remplacer pendant plusieurs mois avant de s’engager dans une installation, une collaboration ou un exercice salarié.
Ces expériences offrent une autre manière de découvrir des territoires et des organisations professionnelles.
Un remplacement de quelques jours ou de quelques semaines permet de tester un mode d’exercice, de rencontrer une équipe et de se familiariser avec un bassin de vie sans prendre immédiatement une décision à long terme.
Et souvent, l’expérience donne envie de revenir.
>>> Lire l’article : Compagnonnage des étudiants en médecine
DOCNDOC accompagne les internes et jeunes médecins dans leur mobilité
DOCNDOC s’inscrit dans cette logique de découverte des territoires.
Lorsque les internes remplissent les conditions réglementaires nécessaires pour remplacer, la plateforme leur permet de rechercher des opportunités partout en France et dans les DROM-COM en fonction de leurs disponibilités et de leurs envies.
Exercer quelques semaines dans une nouvelle région, découvrir un cabinet rural, rejoindre une maison de santé, remplacer dans une ville moyenne ou partir dans un territoire ultramarin permet de multiplier les expériences avant de choisir un projet plus durable.
Après les remplacements peut ensuite venir le temps d’une collaboration, d’un exercice salarié ou d’une installation.
L’ouverture du nombre de postes d’internat constitue donc une première étape. L’enjeu des prochaines années sera aussi de transformer ces nouvelles capacités de formation en rencontres entre de futurs médecins, des équipes et des territoires.
Car avant de choisir un endroit où exercer, il faut parfois simplement avoir eu l’occasion d’y travailler.